Dimanche le 24 mai dernier avait lieu au Centre Saint-Pierre à Montréal, une cérémonie en hommage à notre ami Réjean, un de nos membres fondateurs et pilier du Fonds Solidarité Sud. Le tout organisé par sa conjointe Carole et ses deux filles.
Près de 200 personnes y participaient (famille et amis de tous les horizons de ses engagements). La cérémonie combinait témoignages et chansons de l’ensemble vocal Les Voix Ferrées dont Réjean était un membre fort actif. Ambiance de grande chaleur humaine : une demi-douzaine de membres de sa famille se sont présentés au micro de la pour témoigner d’un Réjean pilier de sa famille comme on disait de lui.

Une partie de la salle à la cérémonie d’hommage à notre ami Réjean Mathieu le 24 mai dernier
Puis, le président du Fonds Solidarité Sud a pris la parole pour témoigner qu’il avait également été un pilier partout où il était passé dans son engagement citoyen pendant de très nombreuses décennies (plus de 50 ans). On lira ici même les témoignages de neuf de ses amis et amies du Fonds Solidarité dont il a été membre de la direction tout au long des 15 ans de notre existence. Avec Pauline Marois pour ouvrir l’hommage que nous lui avons fait, elle qui avait été témoin de son engagement comme intervenant dans l’Outaouais dans les années 1970.
Sur place ses amis étaient invités par sa famille à faire un don en sa mémoire à notre organisation. Au lendemain de cette rencontre plus de 3 000$ avaient été reçus. Réjean nous manquera assurément. Il était pour nous et pour bien des gens une force tranquille qui révélait sa bienveillance et sa solidarité dans sa lutte constante pour la justice sociale.
Ce que nous avons dit de lui : par ses grands amis
Fraîchement sortie de l’Université, j’ai été plus qu’impressionnée par Réjean. Il faisait figure de modèle. De sa voix calme, sereine, apaisante, il ne levait jamais le ton, il prenait la parole. Il écoutait, il osait, il défendait. Il avait des idées, des projets, il débattait. Il allait au front en défendant les droits et besoins des citoyennes et des citoyens : l’accès au logement, aux services, lutte contre les inégalités. Il a été un véritable modèle pour moi. Je crois qu’il a eu une profonde influence sur mon engagement dans la lutte pour l’égalité des chances.
Un jour beaucoup plus tard je l’ai rencontré, par hasard. Nous nous sommes entendus pour nous revoir. Partager nos parcours de vie. J’ai un profond regret aujourd’hui, c’est de ne pas l’avoir fait. Je crois avoir aimé d’amour Réjean Mathieu (platonique). pau
Bon voyage mon ami, tu auras sûrement contribué à construire un monde meilleur.
Pour tout cela simplement merci.

par Pauline Marois,
Première ministre du Québec (2012-2014)
Pauline Marois témoigne ici de sa relation avec Réjean du temps de sa présence dans l’Outaouais comme jeune travailleuse sociale, pendant que Réjean menait la bataille du logement à Hull (1968-1974)
J’ai à peine croisé Réjean quand il a travaillé en Outaouais, puis je l’ai mieux connu quand il est devenu professeur en travail social, lui à l’UQAM moi à l’UQO. On a travaillé ensemble à plusieurs reprises. Mais le plus significatif pour moi fut notre complicité dans la solidarité internationale. Réjean a cru à la cause de Fonds Solidarité Sud dès sa création et y a été actif jusqu’à quelques jours avant son départ.
Je pourrais dire de belles choses sur Réjean, ses qualités personnelles, sa proximité des gens de toutes conditions, son militantisme, sa foi en la vie et ce serait vrai sans exagérer. Toutefois, je sais que quand une personne meurt, les gens sont portés à faire un recensement si élaboré de ses qualités que le personnage se transforme quasi en monument ! Ça me fait sourire car le Réjean que je connais n’est pas du genre monument qui s’affiche. Au contraire, je garde en moi la simplicité du Réjean de tous les jours.
Réjean le croyant était prêt à faire sereinement le grand saut dans l’inconnu. Personne ne sait ce qui nous attend de l’autre côté de la vie dans notre monde. Mais je souhaite de tout mon cœur, cher Réjean, que Pierre Teilhard de Chardin avait raison et que nos âmes ou esprits se recroiseront dans un ailleurs spirituel.

par Lucie Fréchette,
Secrétaire générale du Fonds Solidarité Sud (FSS)
Réjean était un grand ami depuis des décennies et il était également très actif au Fonds Solidarité Sud dont il a été un des fondateurs il y a 15 ans et toujours membre de notre conseil d’administration jusqu’à ces derniers moments. Réjean était un solide croyant et, comme l’a dit un membre du FSS décédé il y a peu, « fort de sa foi, il a toutefois fait le plus grand saut dans l’inconnu de toute sa vie ». Il a milité et aimé les siens jusqu’au bout de sa route, route que nous avons eu la chance de partager souvent et longtemps avec lui.
Il appréciait beaucoup Guy Rocher, le grand sociologue du Québec, quand il faisait ses études en sociologie. Guy Rocher mort récemment à 101 ans. Il s’était fait interroger peu de temps avant son décès par un journaliste qui lui demandait ce que nous devions retenir de sa longue vie. Il avait répondu : « D’abord et avant tout que j’ai été et que je suis toujours un citoyen engagé ». Réjean était de cette trempe, un citoyen engagétout au long de sa vie avec une grande constance. C’est comme cela que je l’ai connu au Groupe d’économie solidaire du Québec (GESQ) dans la première décennie du 21e siècle, puis au Fonds Solidarité Sud de 2010 à aujourd’hui.

par Louis Favreau,
Président du Fonds Solidarité Sud (FSS)
Je suis tellement reconnaissant devant la vie qui m’a guidé dans le choix d’oser correspondre avec Réjean dans les derniers moments de sa vie. Je me demandais si cela était indiqué, sachant qu’il venait d’apprendre la mauvaise nouvelle concernant sa santé. Je me disais qu’il avait mieux à faire. Je n’imaginais pas un départ si rapide. Nous perdons un grand humaniste d’une grande simplicité. Cher Réjean, ciel que je pense à toi!

par André Beaudoin,
Président du FISIQ et membre du CA du FSS
Ce départ si rapide nous laisse sans voix. Réjean aura eu son dernier mot pour nous dire tout son amour des siens, son amour de la vie et ses espérances infinies. Merci à notre Réjean !

par Janvier Cliche,
Vice-président du FSS
Cher Réjean, ce fut pour moi un réel plaisir et un privilège de militer à tes côtés au Fonds Solidarité Sud dans les dernières années. J’ai particulièrement apprécié chez toi la constance et la profondeur de ton engagement pour la justice sociale et pour un modèle de solidarité internationale qui se donne les moyens d’aller au-delà des mots. Tu me manqueras terriblement.

par Nathalie McSween,
Coordonnatrice générale du FSS (2021-2026)
J’ai côtoyé Réjean durant les années 90 et début 2000 à travers le réseau interuniversitaire de concertation des unités de formation en travail social (RUFUTS) et des projets de recherche sur les coopératives de travail (RQCTQ). Ce fut des années d’Intense et fructueuse collaboration, toujours réalisée dans le plus grand plaisir. Après nos prises de retraite respectives, nous nous sommes un peu perdus de vue, jusqu’à je le redécouvre engagé au GÉSQ et comme moi au FSS.
Sans être devenus de grands amis en dehors des nombreuses occasions de rencontres à caractère « professionnel » de ces projets et organisations, j’ai toujours retrouvé en Réjean un complice spontanément prêt – comme un scout- à contribuer au partage des tâches aussi bien techniques qu’intellectuelles commandées par les mandats qui nous réunissaient. Il était pour moi un sage aviseur dans nos travaux, certes, mais qui ne s’imposait jamais, tout en étant un rouage essentiel à la réalisation des travaux réguliers aussi bien qu’exceptionnels que la conjoncture nous imposait.
Par-delà ses compétences et connaissances techniques et intellectuelles, son engagement envers les causes poursuivies par toutes ces organisations reposait certes sur ses choix de valeurs et de convictions appuyées sur une analyse sociocritique articulée, mais surtout profondément partagée comme une réalité de sa vie quotidienne. Il le réalisait en représentant pour moi une force tranquille qui le menait à accepter – et souvent même proposer- d’assumer les rôles simples aussi bien que complexes, essentiels au fonctionnement des organisations où il choisissait de s’engager.
Pour reprendre une expression à la mode, pour moi, il a incarné une véritable empathie envers les exclus de nos sociétés, les victimes de toutes formes d’injustices et surtout le désir actif de contribuer à « changer » les choses pour un monde meilleur, conforme aux valeurs sociales qui l’ont animé dans toute sa vie, personnelle et professionnelle. Salut, mon cher Réjean, cher complice de nos luttes inachevées, que ta mémoire nous invite à continuer!

par Clément Mercier,
Membre fondateur de l’équipe du FSS en Estrie
Le 3 avril dernier, en apprenant la nouvelle de sa maladie, je lui ai fait ce message : J’en ai le souffle coupé! Et les mots pour te dire toute mon affection aussi. Tu es un être exceptionnel… d’attention, de curiosité, de vigilance, de perspicacité, de douceur, de tendresse, d’AMOUR, finalement. À ce que je lis des témoignages, le seul projet qui t’a animé toute ta vie. Je n’arrive pas à croire que tu partes aussi vite, sans même que nous ayons le temps de nous dire À Dieu.
Mon cher Réjean, sache que je t’ai beaucoup apprécié. Aimé. Paradoxalement, tu pars en nous laissant un sens aigu de la vie belle. Celle de l’engagement… avec plein sourire. Le tien en particulier.
Merci pour qui tu as été, pour ce que tu as fait et pour ce que tu nous laisses. Bon voyage. On se reverra.

par Gérald Larose,
Collègue de Réjean en travail social à l’UQAM,
Caisse d’économie solidaire Desjardins,
Membre du CA du FSS
Réjean est arrivé en travail social de l’UQAM fin des années 1980, suite à la fermeture du Rassemblement des professeurs d’animation et recherche culturelle (ARC) auquel il participait depuis 1974. Connaissant et appréciant son bagage d’expériences et de connaissances hautement pertinentes par rapport aux priorités de l’École de TS, je lui ai proposé de travailler avec lui dans de multiples projets.
C’est ainsi que nous avons travaillé ensemble dans le développement et le rayonnement de la revue Nouvelles pratiques sociales (NPS) dans laquelle il a assumé pendant plusieurs années la gestion des comités de lecture et l’organisation de colloques NPS. Nous avons cofondé et dirigé ensemble le Laboratoire de recherche sur les pratiques et les politiques sociales (LAREPPS) pendant les décennies 1990 et 2000.
Nous avons en outre assumé la responsabilité d’une Université d’été du Groupe d’économie solidaire du Québec (GESQ) à l’UQAM en 2005. Dans le prolongement de nos activités internationales, nous étions présents tous les deux au Forum social mondial à Dakar en 2011. Par la suite, Réjean et moi avons intensifié notre participation au GESQ de 2006 à 2023 et collaboré au développement du Fonds Solidarité Sud (FSS) depuis les années 2010.

par Yves Vaillancourt,
Membre du FSS,
Collègue de Réjean à l’École de travail social de l’UQAM
Hommage à Réjean Mathieu