Rédaction : Louis Favreau et Clément Mercier.
Photos du Rendez-vous, gracieuseté de Gilles Fradette
15 ans de solidarité et de convictions partagées, ça se fête !
C’était fête ce mardi 21 octobre 2025 au Baobab Café de Sherbrooke, pour souligner les 15 ans d’existence du Fonds Solidarité Sud. Quelque 70 membres, partenaires et sympathisants étaient sur place (35) et autant en ligne (35), en provenance de huit régions du Québec, et même du Sénégal. Un véritable réseau inter-régional québécois!
Le 21 octobre dernier, notre Rendez-vous annuel a rendu compte de notre 15e anniversaire par une douzaine de témoignages qui ont beaucoup fait réagir : « Excellente rencontre ! Beaucoup d’inspiration et quelle vague d’amour et de solidarité ! ». Cette phrase d’une de nos membres résume bien l’ambiance de ce 15e anniversaire. Les douze témoignages – photos à l’appui – sont disponibles sur notre site web.
Aujourd’hui nous vous présentons l’autre partie de la rencontre : celle de quatre conférenciers qui vous illustrent le parcours historique, présent et à venir du Fonds Solidarité Sud
Table des matière
Louis Favreau, président du Fonds Solidarité Sud
Le chemin parcouru par le Fonds Solidarité Sud : ce que nous avons fait avancer en 15 ans
Clément Mercier, membre fondateur de l’équipe de l’Estrie
Récit des premiers 15 ans du Fonds Solidarité Sud d’une des trois équipes régionales fondatrices
Nathalie McSween, coordonnatrice du Fonds Solidarité Sud
Notre travail actuel et notre impact dans des communautés du Sud avec SOCODEVI et UPADI
André Beaudoin, président du FISIQ et membre du conseil d’administration du Fonds Solidarité Sud
Tournés vers l’avenir : le Fonds d’investissement solidaire international du Québec (FISIQ) et la coopération économique du Québec avec des communautés du Sud
Le chemin parcouru par le Fonds Solidarité Sud : ce que nous avons fait avancer en 15 ans
Par Louis Favreau, président du Fonds Solidarité Sud
Avons-nous été des pompiers de service ou des architectes du développement?
Notre parcours sur 15 ans en aura été de présence solidaire dans six pays d’Amérique latine et d’Afrique Sud par une coopération qui en sera une de développement par une économie sociale et solidaire.
Le Fonds Solidarité Sud (FSS) et sa préhistoire
Le FSS a une préhistoire, soit la période 2000-2010 où, avec le Groupe d’Économie solidaire du Québec (GESQ)[1] et avec des partenaires du Sud, nous avons cheminé dans une démarche de réflexion sur ce qui pouvait être fait au Québec en coopération internationale avec comme fil conducteur premier, l’économie coopérative, sociale et solidaire telle qu’elle développait au Sud comme au Nord.
Le GESQ fut en quelque sorte l’incubateur du FSS durant toute la décennie qui a précédé la fondation plus formelle de notre organisation en 2010. Les universités d’été de l’économie sociale et solidaire qui ont émergé à Lima en 1997, puis à Québec en 2001 et finalement à Dakar en 2005, auront permis de comprendre mieux les enjeux de la solidarité internationale et les défis de la transition écologique pour le Nord comme pour le Sud; de même que la nécessité du recours à des outils comme l’accès au crédit et à l’électricité rurale verte comme leviers de développement des communautés locales.
[1] Le GESQ était composé d’UPA DI, de la Caisse d’Économie solidaire, de la Chaire de recherche en développement des communautés (CRDC) et du Conseil québécois de la coopération et de la mutualité (CQCM).

D. Demoustier (France), H. Ortiz (Pérou) A. Salam Fall (Sénégal), L. Favreau et Lucie Fréchette (Québec) à Dakar 2005
2010-2020 : le Fonds Solidarité Sud opère son démarrage par l’économie solidaire
Le FSS devait devenir pour ses promoteurs initiaux un véhicule du Nord visant à faire émerger au Québec une organisation de coopération Nord-Sud mettant l’accent sur des approches et outils favorables à un développement économique pour et par le Sud : par des investissements économiques du Nord qui deviennent créateurs d’une dynamique continue du développement local global et intégré et par une transition écologique devenue une grande priorité.
Nous avons réfléchi longuement là-dessus, notamment avec Laure Waridel lors d’une rencontre annuelle du FSS au Saguenay. La transition écologique des communautés est devenue pour nous, non pas seulement une question de justice climatique, qui relève du plaidoyer, mais bien ce qui peut être fait très concrètement dans les communautés dès maintenant. Par exemple : l’accès aux énergies renouvelables.

Rencontre des militants FSS à la Maison de l’UPA en 2016
Un moment important des premiers cinq ans du FSS fut la rencontre de 125 personnes issues de 15 organisations en 2014 lors du Sommet international Desjardins et de l’Alliance coopérative internationale (ACI). Cette rencontre a fait naître le projet d‘un fonds d’investissement économique international québécois, laquelle donnera naissance au FISIQ quatre ans plus tard.
Simultanément, le FSS s’employait déjà sur le terrain, à susciter la naissance d’équipes d’animateurs locaux, d’abord dans trois régions (Saguenay, Outaouais, Estrie), puis après sa création formelle en 2010, des équipes d’animateurs se constitueront dans d’autres régions (Montérégie, Montréal, Québec, Rive-sud de Montréal), le tout doublé de quelques antennes régionales dont une en Mauricie et une autre en Gaspésie.
En outre, nous avons misé sur des partenaires comme UPA DI et SOCODEVI, déjà engagés au Sud depuis des décennies sur les terrains de la ruralité, du soutien à des organisations paysannes et du développement coopératif. Dans son histoire, le Fonds Solidarité Sud a pu apporter son soutien à des organisations de cinq pays du Sud (Bolivie, Honduras, Haïti, Pérou, Sénégal) auxquels s’est ajouté récemment un 6e pays (Guatemala). Nos partenaires du Sud furent, dès le départ, des organisations paysannes et des coopératives avec, comme groupes prioritaires, les jeunes et les femmes et ce, dans des partenariats autour de trois axes : le triangle du développement économique local, de la transition sociale-écologique et de la finance solidaire.
Quant aux choix de nos investissements financiers ici au Québec, nous avons été cohérents avec nos orientations initiales de développement durable : nos placements sont en effet chez Bâtirente, un fonds de retraite de 300 syndicats de la CSN et à la Caisse d’Économie solidaire Desjardins. Pendant cette période, le FSS a par ailleurs été une des bougies d’allumage du FISIQ. Nous étions en partie inspirés par deux organisations de finance solidaire en place depuis des décennies en Europe soit : la SIDI depuis 40 ans en France et la coopérative Alterfin depuis 30 ans en Belgique.

Une partie du groupe d’apicultrices sénégalaises soutenue par nous
Un bref aperçu des projets de cette période dans le Sud en quatre exemples
- Une coopérative forestière au Honduras gestionnaire d’une forêt de 11 000 pins dont la résine peut notamment être utilisée dans des produits pharmaceutiques;
- Une entreprise collective de femmes dans le secteur du vêtement au Pérou;
- Un fonds de crédit agricole d’un regroupement paysan en Haïti;
- Une coopérative de transformation et de commercialisation locale de miel au Sénégal.
L’approche distinctive du FSS en coopération internationale québécoise
Depuis 2020, l’approche-clé du FSS est le développement des économies de territoire. S’il n’y a pas d’économie dans les communautés, elles dépendent de l’extérieur et sont donc très peu en situation de développement. C’est là-dessus que nous mettons principalement l’accent, soit agir sur les trajectoires de développement que les communautés se dessinent elles-mêmes. À cet effet, un des témoignages qui nous a le plus marqué fut celui du président d’une fédération d’organisations paysannes de la zone arachidière au Sénégal qui nous invitait à réfléchir à ce qui constituait un impensé de la coopération internationale québécoise en disant : « l’électrification de nos villages est un prérequis pour l’accès à l’eau potable, la santé, les écoles, l’emploi des jeunes… ».
Or, 75 % des populations des milieux ruraux en Afrique de l’Ouest n’ont pas accès à l’électricité. C’est la situation dans laquelle elles sont alors que selon ce leader paysan, c’est le prérequis pour tout le reste. La coopération internationale québécoise n’est pas présente de ce côté-là, sauf des organisations comme UPA DI, SOCODEVI, le FSS et la Caisse d’économie solidaire Desjardins. Bref, dans le monde québécois des OCI, il y a très peu de coopération économique parce qu’on est surtout dans le plaidoyer et le développement social! Ce qu’on dit, au FSS, c’est « Commençons par le commencement ! » : la lutte contre les inégalités et pour la transition écologique passe par la finance solidaire, l’accès à l’électricité et l’accès au crédit.
Ajoutons à cela que l’approche du FSS ne passe pas seulement par le soutien financier. Elle passe par une coopération de proximité, soit l’accompagnement à travers des missions visant à maximiser l’avancement des projets financés et la confiance entre partenaires. Missions auxquelles des membres du FSS participent, tout à la fois sur le terrain et à distance.
Les membres du FSS sont surtout des retraités, mais « ce n’est pas parce qu’on est vieux qu’on n’est plus actif ». Nous avons de l’expérience professionnelle, de l’expérience militante, et de l’argent. Ce sont des missions concrètes, précises, courtes qui permettent de développer et maintenir la confiance entre nous et nos partenaires du Sud.
L’autre clé de l’approche du FSS, c’est l’épargne solidaire
Derrière l’épargne solidaire, il y a une part de l’argent que nous recevons de nos donateurs qui est mise de côté : une partie de ce qui est donné au Fonds va en épargne laquelle génère des revenus, permettant non seulement de soutenir des projets à cout terme, mais de les inscrire dans la durée, le tout avec un minimum de prévisibilité pour nos partenaires du Sud.
En 2021 un réseau de Péruviens nous a sollicité en nous demandant une subvention de 30 000 dollars sur une année (dans le cadre d’un projet de 60 000$), avec un très bon plan de développement. On leur a dit NON! Ils ont été surpris. Nous leur avons dit : « Nous ne travaillons pas de cette manière ». Ce qu’on peut faire avec vous, c’est discuter d’abord, définir des priorités puis s’engager dans une démarche de long terme. Et parce qu’on a suffisamment d’argent, on peut vous dire : « Nous sommes disposés à nous engager avec vous pour les cinq prochaines années, pas seulement pour l’année prochaine ». Aujourd’hui, c’est un réseau de 50 organisations coopératives et associatives de cinq régions qui réussissent à se mettre ensemble pour se consolider dans leurs économies locales. Ils opèrent maintenant un fonds de crédit agricole.
Ce levier d’un soutien financier et d’un accompagnement dans la durée a pu être priorisé grâce notamment à un important legs testamentaire en 2020 d’un demi-million$, lequel a permis de doubler notre fonds de dotation qui passa alors à 1 million $. Il est aujourd’hui à plus d’un million et demi $. Cela nous permet d’investir plus qu’avant dans les projets soutenus, tout en s’assurant qu’on a les moyens de le faire sur le long terme. Cela grâce aux revenus du fonds de dotation actuel et en comptant également sur un fonds de prévoyance que nous nous sommes dotés, lequel est constitué d’une dizaine de polices d’assurances souscrites au fil du temps par une trentaine de personnes, lequel a une valeur d’un million$. Un capital différé et une réserve stratégique de long terme en quelque sorte!
Cette approche de la finance solidaire suppose donc qu’il faut avoir de l’argent mis de côté et que nous plaçons. Mais surtout de bien savoir ce qu’on fait avec. Il aurait été facile de le dépenser rapidement! Mais pour réussir des projets solides dans le Sud, il faut aussi penser nos organisations d’ici dans la durée. L’épargne solidaire devient une stratégie de développement ici comme au Sud, en soutien à des fonds de crédit agricole, à des assurances agricoles, à des entreprises collectives viables économiquement. Bref, c’est le croisement de l’économique et du social.
Le FISIQ, dispositif clé de coopération économique avec des communautés du Sud
Nous avons été amenés à agir sur la concertation entre les organisations de coopération internationale (OCI) québécoises pour une reconnaissance active de la finance solidaire par la mise en place du FISIQ, concertation esquissée dès 2014 lors d’un Sommet Desjardins en 2014. Au début, il y avait des doutes. On disait : « Hein? On peut prêter dans le Sud et pas seulement donner »? Nous sommes allés visiter des instances de coopération internationale européennes. Et là, nous avons appris qu’il existait en France un fonds qui prêtait depuis 40 ans à des organisations de communautés du Sud en répondant à des besoins majeurs d’accès au crédit et à l’électricité. Et, de façon notable, à des organisations paysannes, des collectifs de femmes entrepreneures, des coopératives forestières, etc.
Les défis de demain : face aux enjeux d’aujourd’hui, il est où l’espoir?
Nos 15 ans d’existence ont pu démontrer que la coopération économique pour l’accès au crédit et pour l’accès à l’électricité, particulièrement en milieu rural, était pertinente et durable dans le temps. Mais la conjoncture internationale des dernières années a tout fait basculer comme vous le savez. Elle est désespérante et nous oblige tous à réfléchir à ce qui nous attend demain car il y a basculement du monde qu’on n’aurait pas imaginer dans nos premières années d’existence : un futur fait de guerres, de pandémies et d’accélération du changement climatique.
Partout dans le monde – le Canada ne fait pas exception – nous assistons à une inversion des priorités : le trio Développement-Diplomatie-Défense a été renversé au bénéfice d’un trio qui privilégie la Défense au détriment de la Diplomatie mais surtout au détriment du Développement. C’est la situation dans laquelle nous nous trouvons, avec comme conséquence une coopération internationale qui pique financièrement du nez, avec en tête celle des Peace corps états-uniens coupés de leurs fonds à 90% par l’Agence étatsunienne pour le développement international, USAID, laquelle a elle aussi été pratiquement abolie par le gouvernement Trump. La tendance est maintenant, à tous les niveaux, à la diminution de financement public et à la déroute de la coopération de proximité.
À cet effet, nous avons tenu une rencontre bilan – un Lac-à-l’épaule – avec quatre autres organisations avec lesquelles nous sommes alliés – SOCODEVI, UPA DI, la Caisse d’économie solidaire et le FISIQ. Cette rencontre a permis de bien identifier les défis qui nous attendent dans les années qui viennent. Nous retenons, entre autres qu’il faudra compter davantage sur nos propres moyens et sur la mutualisation de nos services, le FISIQ servant de carrefour de mutualisation d’une vingtaine d’OCI d’une part et d’autre part d’une capacité financière autonome de plus en plus substantielle.
L’espoir est aussi au Québec dans des organisations comme Mères au front avec comme mission de promouvoir la justice climatique et de « protéger l’environnement pour protéger nos enfants ». En 5 ans seulement, le mouvement dont Laure Waridel est une des leaders, compte déjà 8 000 membres et 30 groupes locaux répartis dans l’ensemble du Québec. Il y a des dynamiques comme celle-là, de véritables révolutions tranquilles dans lesquelles nous sommes au quotidien, qui font avancer les choses malgré la situation internationale désespérante dans laquelle nous nous trouvons.
Pour nous, l’espoir se trouve d’abord dans notre capacité à répondre aux demandes de coopération économique de nos partenaires du Sud. Après 15 ans, l’élan est toujours là pour continuer à innover, mais avec un peu plus de moyens et d’expérience.
La conclusion qui s’impose : nous allons compter davantage sur nos propres moyens et donc sur vos dons maintenant et sur vos legs testamentaires! Et prochainement, sur des obligations communautaires, une formule de financement solidaire qui existe depuis 10 ans au Québec dans le secteur majeur du logement social et abordable.
Récit des premiers 15 ans du Fonds Solidarité Sud d’une des trois équipes régionales fondatrices
Par Clément Mercier, membre fondateur de l’équipe de l’Estrie
Récit du FSS à partir d’une des trois premières équipes régionales.
Ce retour de l’équipe de l’Estrie sur ces premiers 15 ans ne sera sans doute pas tellement différent de ce que d’autres équipes ont vécu. Il vise tout simplement à témoigner de l’expérience du développement du FSS à partir du terrain de notre région. Les autres régions devraient se retrouver dans ce récit.
Tout d’abord, je signale que, personnellement, je n’ai pas une si longue implication dans le Sud. Le déclencheur a été pour moi en 2007, à travers une formation en organisation communautaire et développement local que j’ai eu à donner au Mali avec les gens de Saint Camille, auprès d’agents de développement d’une organisation de développement rural (Kilabo). La formation était encadrée par le Carrefour de solidarité internationale (CSI) dans le cadre d’un programme de promotion des compétences en développement financé par ce qui s’appelait alors l’Agence canadienne de développement international (ACDI). Il y avait alors encore au Fédéral des programmes qui permettaient ce type de coopération, où le micro-crédit était promu comme stratégie de base, en particulier avec les organisations de femmes.
J’ai adoré l’expérience. Cela m’a donné la piqûre de l’implication active en coopération internationale, jusqu’alors plutôt occasionnelle, en l’ancrant sur le développement local intégré, économique, social et culturel. De sorte que lorsque Louis Favreau et Lucie Fréchette – avec qui j’avais eu des liens professionnels antérieurs dans nos universités respectives (en travail social) et des collaborations de recherche – m’ont approché avec le projet du Fonds Solidarité Sud, je fus tout de suite convaincu de la pertinence de ce nouvel outil québécois de coopération.
Nos premiers pas : de 2008 à 2012
Ce fut d’abord une prise de contacts avec des membres connus de réseaux locaux et régionaux en coopération : des complices qui gravitaient, entre autres, autour du CSI et de Développement et Paix. Mais plus généralement, à travers mon implication dans le « communautaire » : les coopératives, le lien avec des communautés religieuses, des professeurs et des étudiants de l’Université et du Cegep de Sherbrooke, ainsi que les amis de St-Camille.
Avec un petit noyau (ex-collègues de travail social de l’Université et du Cegep), Ernesto Molina – déjà collaborateur de Louis sur des projets de recherche – et Raynald Duhaime, impliqué avec Développement et Paix, nous organisons des rencontres entre nous, chez les uns et les autres, et dans des endroits publics lors de visites de Louis et Lucie. Les réflexions sur les perspectives annoncées par l’approche et le projet du FSS nous alimentent sur le fond, surtout concernant les enjeux programmatiques d’une coopération internationale plus adaptée à un développement global et structurant des communautés du Sud. Nos sympathisants sont surtout des retraités comme moi, mais aussi des étudiants, des militants sociaux engagés en coopération traditionnelle et des gens encore actifs dans le monde du travail.
Le « groupe estrien » vraiment dédié à la promotion du projet FSS prendra vie avec la nouvelle formule proposée pour le financement du FSS par le « Club des 100 ». Notre noyau s’élargit alors à près de 20 donateurs plus ou moins réguliers, alors que d’autres alliés initiaux se retirent.
2012-2018 : le FSS obtient son statut d’OBNL et d’organisme de bienfaisance
Ernesto s’implique dans des projets du FSS au Pérou et au Honduras et avec Louis dans des Sommets coopératifs locaux et nationaux. Il devient membre du comité de projets du FSS et membre du CA. Nous sommes aux premières loges du développement du FSS, ce qui nous amène graduellement à élargir et stabiliser notre noyau de sympathisants et donateurs.
Nous tenons de 2015 à 2018 des « rendez-vous » plus formels et élargis, en collaboration avec l’Université de Sherbrooke, la Corporation de développement communautaire (CDC) de Sherbrooke et la Coopérative régionale de développement (CRD). Cela nous amène de nouveaux sympathisants et surtout un nouvel allié, Janvier Cliche, impliqué depuis un moment à Filaction (CSN). En plus de sa longue notoriété de leader syndical puis de directeur de la CRD, il apporte au FSS l’expertise et la conviction de la finance solidaire. Pour plusieurs d’entre nous ce concept, parfois controversé, devient alors une pratique établie et reconnue. Jusqu’à son départ de la région – pour l’Outaouais – Janvier fera rayonner le FSS par son implication au CA, sur le comité des projets, et par la suite au comité d’investissement du FISIQ.

Janvier Cliche au micro et Paul Thibault, l’animateur du RDV
Le grand décollage du Rendez-vous de l’Université du 3e âge de Sherbrooke (UTA) en 2019
La conférence que Louis et Lucie donneront à la rencontre de l’UTA en 2019 nous permettra de toucher un nouveau groupe de membres, celui des retraités « allumés » et actifs. C’est aussi un moment de renouvellement de notre équipe, avec l’arrivée de nouveaux joueurs associés de près à l’UTA (Alain Roy, Louise Ostiguy, Paul Thibault…), et aussi de militants communautaires attirés par le projet FSS (Jean-François Roos, Claude Dallaire). Sans doute que ce fut aussi le moment du virage dans le recrutement de nos sympathisants et cotisants, et aussi militants actifs engagés dans nos projets, soit des retraités qui ont du temps, des compétences et de l’argent disponibles pour notre cause. Cela a entraîné un plan de promotion du FSS auprès des médias locaux, la hausse des dons et polices d’assurance et propulsé Alain Roy, agroéconomiste retraité et membre de l’équipe de l’Estrie, en mission au Sénégal, et finalement au CA du FSS. En plus de pouvoir compter dorénavant sur Paul comme animateur de nos grandes rencontres avec sa connaissance encyclopédique de la faune politique et sociale de Sherbrooke. Quant à moi, toujours présent au comité d’information du FSS et à ses rencontres-bilan nationales annuelles, j’ai pu compter sur la relève de Louise dans le suivi administratif de nos activités.
Les rendez-vous nationaux tenus au Baobab Café depuis 2022 viendront donner plus de sens et de motivation à notre travail d’équipe et plus de visibilité régionale au FSS. Grâce aux ressources techniques du magnifique Baobab Café, emblématique lieu de concertation et d’animation d’un quartier de Sherbrooke, nous sommes fiers de notre contribution, non comme architectes du devenir du FSS, mais comme partie prenante de ses ingénieurs qui en facilitent la réalisation. Et nous continuerons de participer au CA par Jean-François qui y remplace maintenant Alain.
Que retenir de notre cheminement?
Pour nous, la promotion du FSS a beaucoup reposé sur les affinités intellectuelles et personnelles des sympathisants et militants qui y ont participé. La clé demeure le réseautage individuel que nous avons pu réaliser entre amis, ex-collègues, et collaborateurs dans des pratiques antérieures. La clarification et la focalisation du contenu du projet FSS autour de ses concepts porteurs ont favorisé la promotion du message autour :
- De la finance solidaire et d’une coopération égalitaire dans une stratégie de soutien favorisant un véritable développement avec la coopération jouant un rôle autre que celui de « pompier de service »;
- De l’épargne solidaire comme moyen de contribuer sur le long terme, dans le respect des choix des communautés qui se prennent en mains, épargne promue auprès de publics-cibles « sympathiques » (militants sociaux, retraités actifs…);
- D’un véhicule simple, pratique et accessible à des sympathisants peu fortunés (Club des 100)
Enfin, nous croyons qu’une « bonne » vie associative locale en région est un facteur clé pour la vitalité du FSS. Elle doit être reconnue et appuyée, ce qui suppose qu’on s’assure de bien définir et intégrer le pôle régional, de façon à favoriser leur rôle à au moins deux niveaux :
- le recrutement et la relance régulière des donateurs;
- une promotion de la mission distinctive « alternative » du FSS comme conviction à partager.
Comme dans toute organisation, la vie d’équipe doit être quelque chose d’agréable et satisfaisant; ce qui est notre cas, je pense, parce qu’à chaque fois qu’on se rencontre, on a encore pour une demi-heure à rigoler avant de se dire « Bon ben là, on est là pourquoi déjà? Faut quand même s’en occuper parce que sinon on va encore manquer de temps ».
Les membres actuels (2025) de l’équipe de l’Estrie : Clément Mercier, Louise Ostiguy, Jean-François Roos, Alain Roy et Paul Thibault.
Notre travail actuel et notre impact dans des communautés du Sud avec SOCODEVI et UPADI
Par Nathalie McSween, coordonnatrice du Fonds Solidarité Sud
Les initiatives et les organisations que nous soutenons actuellement au Sud, en partenariat avec UPA DI et SOCODEVI.
C’est moi qui ai le plaisir de vous parler de ce qu’on fait avec vos dons. Je vous dirais que la recette du Fonds Solidarité Sud réside en plusieurs ingrédients. Un de ces ingrédients-là, ce sont des partenariats structurants avec des organisations qui sont présentes sur le terrain dans le domaine de la solidarité économique. J’aimerais saluer la présence avec nous aujourd’hui de nos partenaires, SOCODEVI, et UPADI. Merci d’être là. Je pense que c’est un des ingrédients centraux qui fait en sorte qu’on peut atteindre les résultats structurants que l’on a.
Le deuxième ingrédient a été nommé par ceux qui m’ont précédé, c’est une vision à long terme. L’autonomie financière que nous avons acquise nous permet de nous engager dans la durée. On trouve que 3 à 5 ans, c’est du moyen terme d’une certaine efficacité. C’est ce que nous permet notre autonomie financière. Et c’est aussi l’approche de l’organisation communautaire. J’aime bien l’expression de Martin Couture d’UPA DI, qui dit : « Nous sommes une parenthèse dans la vie des organisations de producteurs agricoles et des coopératives. Elles étaient là avant qu’on arrive sur le terrain et elles vont être là après. Nous, on est là pour une courte période et notre rôle est d’appuyer les organisations qui existent déjà, et puis, quand on quitte un pays ou un projet, elles sont plus fortes parce qu’on a su les appuyer à partir de leurs propres forces ». Et ça c’est de l’organisation communautaire comme on l’aime.
Le premier projet que je vous présente est un nouveau projet avec SOCODEVI, et qui est très innovant. On s’intéresse aux travailleuses domestiques au Guatemala et au Honduras. Nous nous sommes engagés avec SOCODEVI pour une période de 3 ans, débutant cette année, dans une volonté d’aider ces femmes à s’organiser en coopérative pour mutualiser des services.
Les travailleuses domestiques, ce sont des emplois qui sont souvent précaires. Les femmes sont isolées. Donc, comment peut-on appuyer ces femmes pour qu’elles fassent valoir leurs droits? D’abord en les connaissant mieux. C’est dans cette perspective que travaille SOCODEVI.
Parce que ces femmes, quand elles reviennent au village après leur semaine de travail en ville, les tâches domestiques restent dans leur assiette. Alors, le volet que le FSS va appuyer est une volonté d’organiser dans les villages eux-mêmes des « centres d’attention ». C’est comme ça qu’on appelle les centres de services communautaires que les femmes utilisent dans les villages quand elles reviennent et qui permettent de mutualiser les tâches domestiques, par exemple une buanderie ou des endroits pour moudre le grain. Cen centres vont devenir aussi des espaces pour former les femmes sur le droit du travail, et leurs propres droits comme travailleuses domestiques.
Le troisième ingrédient du FSS que je n’ai pas nommé tout à l’heure, c’est l’engagement de chacun et chacune d’entre vous, les gens du Fond Solidarité Sud qui participent en mettant leur expertise à contribution dans les projets. Dans le cadre de ce projet-là là, je pense à Roger Lecourt qui est un expert en droit du travail. On est en train de voir avec SOCODEVI si ce serait pertinent et comment de mettre ses compétences à contribution pour faire avancer ce projet-là. Donc c’est un projet qui est à suivre dans les prochaines années mais qui est très stimulant, qui nous amène ailleurs. On n’a jamais travaillé dans ce domaine-là au Fonds Solidarité Sud. Donc on a bien hâte de voir les résultats de ce projet.
Au Pérou avec UPA DI
Les projets sur lesquels nous travaillons avec UPA DI sont en marche depuis 2022. Au Pérou, c’est un projet où on travaille avec des groupes qui sont relativement informels ou qui l’étaient et qui se sont formalisés en cours de route. Ce sont des groupes qui rejoignent 50 entreprises d’économie sociale et solidaire dans cinq régions du nord-ouest Pérou (Amazonas, Cajamarca, Piura, Tumbes et La Libertad). Ils sont regroupés en groupes d’économie solidaire et constitués en réseau. Depuis maintenant quelques années, on les a soutenus pour qu’ils puissent se structurer, se formaliser, avoir des formations. Et aussi pour l’accès au crédit, qui est un grand problème, comme Louis l’a mentionné tout à l’heure.

Richard Simard, Milder Villegas et Nathalie McSween avec les animateurs d’un réseau de 50 entreprises collectives
Accéder à du capital, du crédit, avoir accès à du crédit bancaire traditionnel, c’est très difficile. Donc on les appuyés dans leur travail de formalisation et de formation, et maintenant la prochaine étape est de rendre disponible un montant de 30 000 dollars provenant du Fonds Solidarité Sud qu’ils ont choisi d’utiliser pour gérer un fonds de prêts solidaires. Au FSS, on appelle ça un don-prêt. Ça veut dire que ça ne nous sera jamais remboursé, mais qu’ils vont se rembourser entre eux. UPA DI a beaucoup d’expérience dans le domaine des fonds rotatifs. Ils en ont fait beaucoup, notamment en Afrique et puis aussi dans d’autres pays d’Amérique latine et ça fonctionne très bien. Ce que nos partenaires du Pérou ont décidé de faire est que dans chacune des cinq régions, il va avoir un premier prêt de 3 000 dollars (ça équivaut à 8000 soles au Pérou) pour des entreprises d’économie sociale. Ces entreprises-là vont rembourser sur une période approximative de 3 ans, ce qui va permettre à d’autres projets d’être financés par la suite. Donc ce fonds-là peut durer ad vitam aeternam. Il va être encore là dans 10 ans, dans 20 ans, dans 30 ans, pour soutenir des initiatives d’économie sociale et solidaire dans le nord-ouest du pays.
J’aimerais souligner aussi la présence de Milder Villegas qui a réalisé quelques missions au Pérou, notamment une cet été pour justement appuyer l’identification des premiers projets qui obtiendront les premiers prêts du fonds rotatif dans les régions de La Libertad, Tumbes et Piura. Il retournera en mission dans les prochains mois pour faire la même démarche dans les régions d’Amazonas et de Cajamarca. Merci Milder, de ton engagement! Au Pérou, une autre de nos membres, Marisa Gutierrez, a aussi réalisé des missions pour accompagner ce réseau au chapitre de la gouvernance. Nous avons vraiment un bel engagement de nos membres dans le cadre de ce projet-là.
Quelques exemples de projets entrepreneuriaux qui pourraient être financées par le fonds rotatif :
- Un groupement de femmes dans la région de Tumbes fait des produits de cacao et de chocolat. Elles ont besoin de capital, d’un fonds de roulement et d’argent pour amorcer et développer des activités de commercialisation.
- Il y a aussi des organisations qui sont dans la production de légumes ou qui font du compost. Ceux qui font du compost ont, entre autres, besoin d’acheter une pompe à eau pour amener l’eau au site de production du compost.
Ce sont de petits montants, 3 000 dollars, qui permettent à des groupes d’accéder à des moyens de production ou d’accélérer des projets comme ceux-là pour éventuellement les amener plus près d’un accès au crédit à travers des organisations financières plus formelles.
Au Sénégal avec UPA DI
Au Sénégal c’est un autre projet sur lequel nous travaillons depuis 2022, avec UPA DI. Un projet d’économie circulaire. Nous en sommes à la 4e année de soutien à ce projet. Si vous vous rappelez, c’est une cantine scolaire qui est approvisionnée localement en énergie solaire. Une cantine scolaire portée par une organisation paysanne. C’est un modèle qui vise à ce que non seulement il y ait de la nourriture pour les enfants dans les écoles, mais aussi à ce que les familles agricoles dont les enfants vont à l’école et qui vivent dans la région, profitent eux aussi de ce développement économique.
En ce qui concerne le Fonds Solidarité Sud, notre contribution au projet se situe au niveau de l’accès à l’énergie. Nous avons par exemple soutenu l’installation de panneaux solaires sur l’école de Mbokhadane, qui nourrit 450 enfants deux fois par semaine avec des repas préparés par les femmes du village. C’est vraiment un beau projet. En ce moment, notre contribution permet de financer des formations en entrepreneuriat pour les femmes. Elles ont eu par exemple des formations sur la saponification en vue de préparer des savons avec des produits locaux et sur la transformation de légumes. Il est prévu que notre contribution permette bientôt de couvrir une partie des frais d’installation de panneaux solaires sur un moulin à mil dans le village de Mbokhodane.
Tournés vers l’avenir : le Fonds d’investissement solidaire international du Québec (FISIQ) et la coopération économique du Québec avec des communautés du Sud
Par André Beaudoin[1], président du FISIQ et membre du conseil d’administration du Fonds Solidarité Sud
Le Fonds d’investissement solidaire international du Québec (FISIQ) : un levier de transformation durable des communautés du Sud qui est appelé à donner sa pleine mesure dans la prochaine décennie.
Vous savez, c’est une route que je fais depuis très longtemps, de la Mauricie à Sherbrooke. Je me rendais et je me rends encore d’ailleurs souvent à Saint-Camille. Une des choses que, lorsque j’étais jeune, que je n’avais pas vraiment remarqué, est que quand on part de Trois Rivières en passant par la 55, on voit le village de l’Avenir puis le prochain village est Racine. Plus vieux, quand j’ai commencé à être impliqué et qu’on avait à écrire nos rapports annuels, nous allions en retraite au Lac Brais, à Racine. Et donc, en faisant la route aujourd’hui, je me suis mis à penser que l’avenir était derrière nous. Ce fut le titre d’un de nos rapports annuels parce qu’en fait, quand on part d’ici et qu’on retourne vers Trois-Rivières, on l’a dans le bon ordre. On a Racine et après l’Avenir.
Mais l’inverse est aussi vrai. En venant aujourd’hui, j’écoutais Jeannette Bertrand qui disait justement, du haut de ses 100 ans, que l’histoire est tellement importante pour comprendre ce qui nous arrive et ce qui s’en vient : entre autres sur le fait que les femmes ont encore à lutter pour garder le minimum de place qu’elles ont obtenu. Elle disait que pour elle, c’était un phénomène assez normal qu’il y ait un certain ressac dans le contexte actuel. Parce qu’à partir de ce qu’elle jugeait, les avancées des femmes se sont faites tellement rapidement que la société en général, incluant les femmes, ont eu de la difficulté à suivre. Cela m’amène à vous dire qu’il est important de revenir à nos racines pour s’expliquer l’avenir!
[2] André Beaudoin est président-fondateur du Fonds d’investissement solidaire international du Québec (FISIQ), ex-secrétaire général retraité d’UPA DI et toujours agriculteur sur sa ferme familiale en Mauricie. Il est engagé depuis des décennies dans une dynamique de solidarité entre « frères et sœurs de terre », entre les familles agricoles du Québec et celles du Sud.
Le FISIQ un fonds unique qui prête à des partenaires du Sud
Le Fonds Solidarité Sud a été important dans le développement du FISIQ. Louis Favreau était aux premières loges avec moi et quelques autres.
Dès le départ, le FISIQ a été un fonds unique, ce qu’il est toujours. Pourquoi ? Parce qu’il offre, entre autres, deux possibilités.
- Il permet aux OCI depuis 2018 et, à partir de 2026, à des personnes à titre individuel de s’inscrire dans notre démarche de finance solidaire. C’est unique en ce sens que nulle part au Canada, les OCI (celles du Québec dans le cas qui nous occupe), n’ont décidé de se regrouper et de mettre une partie de leurs capitaux dans un instrument financier comme le FISIQ;
- Ces investissements solidaires permettent au FISIQ de prêter, dans le cadre d’une économie sociale et solidaire, à des partenaires du Sud avec lesquels les membres du FISIQ sont impliqués.
On ne saisit parfois pas toute la dynamique innovante que ça représente. C’est assez fondamental de voir qu’une même organisation a des réussites dans des domaines qui n’ont jamais été possibles jusqu’à maintenant (mutualiser l’épargne des OCI et faire des prêts solidaires à des organisations du Sud).
J’ai souvent dit, et je le maintiens, qu’il n’y a rien de moins coopérateur que la coopération internationale : chaque OCI cherche à tirer le maximum de financement public afin de réaliser ses objectifs. Je n’ai rien contre ça, mais la réalité est que pendant ce temps-là, on ne cherche pas vraiment à fédérer les efforts. Le FISIQ, lui, permet de fédérer les efforts, de fédérer du capital, de faire en sorte que les OCI prennent une partie de leurs revenus, de leurs « bénéfices » – d ‘autres diront « trop perçus », peu importe – pour l’investir dans un fonds qui va pouvoir faire du développement autrement (par exemple en rendant des fonds disponibles pour accroître l’accès à l’énergie renouvelable pour des activités productives). Ça, en soi, c’est une innovation assez importante.

André Beaudoin en mission au Sénégal en janvier dernier
Le FISIQ est quelque chose d’assez particulier. Et quand je vous raconte ça, vous pourriez dire : « Oui, mais on a d’autres exemples. » Oui, il y a toutes sortes d’exemples, mais aucun ne réunit tous ces exemples là en un seul fonds. Le FISIQ s’appuie sur trois originalités.
Le premier c’est qu’il a permis de fédérer les efforts des OCI. C’est quelque chose d’assez fondamental. Le deuxième, c’est que le FISIQ offre des financements dans des domaines relativement nouveaux. Ça paraît simple quand on le raconte comme ça! Mais quand on regarde comment les bailleurs de fonds publics interviennent pour que les OCI puissent agir sur le terrain, on se rend compte qu’il y a une foule de petites cases de conditions à cocher (les modèles logiques comme ils disent). Ce qui fait que par exemple, vouloir intervenir dans un domaine comme l’énergie renouvelable, c’est extrêmement difficile à faire financer. Alors que le FISIQ permet d’aller dans cette direction-là.
La collaboration entre le FISIQ et le Fonds Solidarité Sud
Le dernier point que je voudrais aborder est la collaboration entre le FISIQ et le Fond solidarité Sud. Encore là, ces deux fonds distincts qui ont leur propre vie et leurs propres objectifs, sont complètement autonomes, Mais ils ont décidé de collaborer pour aller plus loin. Et je dirais probablement plus haut. Louis parle souvent de changer d’échelle. Moi, je vous dirais que pour ceux qui connaissent un peu la construction, où il y a des échelles extensibles, dans les vieux modèles, il y a une corde que tu tires pour faire en sorte que l’échelle monte.
Donc ce modèle-là est assez fondamental et, en soi, il fait partie de l’avenir. Et c’est pour ça que j’accorde autant d’importance aux actions du FISIQ comme à celles du Fonds Solidarité Sud. Je veux aussi remercier, entre autres Richard Simard, notre coordonnateur, qui est un de ceux qui tire la corde pour faire monter l’échelle, qu’on puisse aller plus loin.
Je vous dirais qu’entre le Fonds solidarité Sud et le FISIQ, il y a une échelle extensible. L’idée est de faire grandir nos actions à travers notre collaboration. Je pense à Janvier Cliche qui est membre actif au FISIQ, à Nathalie McSween qui l’est également, et à Louis Favreau qui est actif dans tout ce qui existe au FISIQ depuis ses débuts.
Quelques exemples de projets bénéficiant de prêts du FISIQ
Le programme d’investissement pour l’énergie verte au Sénégal (PIEV)
Dans les projets identifiés et les sommes investies, le PIEV est le seul projet qui n’est pas directement sous l’égide d’un des membres du FISIQ. Pourquoi? Parce qu’on a voulu faire en sorte qu’une institution financière sénégalaise – la Fondation Sen’Finances – qui est elle-même un fonds, vienne appuyer d’une façon plus directe des interventions sur le terrain que nous aurions eu de la difficulté à suivre de près.
C’est un programme dans lequel il y a trois volets.
- Le premier permet, par exemple, à des femmes d’acheter des réfrigérateurs solaires – parce que ça existe maintenant! Quand on a commencé à parler de ça, on se demandait « Oui, mais qu’est-ce que ça va apporter ? ». Les femmes nous répondaient : « Nous, on peut en tirer des revenus. On peut par exemple congeler l’eau et la vendre aux gens durant les périodes les plus chaudes de l’été ». Et c’est sans compter la conservation des aliments.
- Le deuxième volet est destiné à des regroupements de femmes en donnant la priorité à celles qui veulent s’initier dans le domaine de l’économie sociale. En savoir plus >
- Le troisième volet est plus costaud. Il veut permettre à des regroupements, des organisations paysannes en particulier, d’investir dans l’énergie solaire et dans les outils qui viennent avec. Je vous donne un exemple : l’énergie solaire c’est une chose, mais si tu es un maraîcher, tu n’as pas besoin juste de l’énergie solaire, tu as besoin aussi d’avoir des canaux qui te permettent d’avoir de l’eau sur ton terrain. Donc, ça fait partie de ce qu’on peut financer. En savoir plus >
La SODAF
La SODAF, au Burkina Faso, est un autre bon exemple.
C’est une organisation appuyée par un partenaire du Québec (UPA DI) avec lequel ils collaborent depuis plus de 30 ans. J’ai fait mes premiers gestes en coopération internationale au Burkina Faso, auprès d’une organisation, qui n’existait alors pas, et qu’on a aidé à faire naître. Je me souviendrai toujours des premières fois. On voulait aider à la mise en marché des produits, en fait des céréales. Les paysans nous disaient « Oui, mais ce n’est pas à nous de vendre les céréales, ce sont les commerçants qui sont bien mieux placés que nous. » Aujourd’hui, c’est cette organisation-là qui fixe le prix presque jusqu’au niveau national, pas parce qu’elle a le contrôle parfait, mais elle a un volume assez important pour être capable d’influencer l’ensemble des acheteurs.
Et aujourd’hui la SODAF s’est doté d’une minoterie qui la rend capable d’améliorer sa capacité de vente en transformant les céréales. Le FISIQ a prêté 500 000 dollars canadiens à la SODAF pour réaliser cet objectif. Pensez-y : il y a trois ans, nous n’aurions pas été en mesure de leur prêter 10 dollars. Nous en avons fait du chemin! Les expériences passées avec cette organisation-là démontrent leur sérieux, leur compréhension de ce que ce sont des prêts. Et ça marche.
À propos des obligations communautaires du FISIQ >
Le capital du FISIQ est constitué d’abord des investissements faits par les 18 OCI membres, dont entre autres, UPADI, SOCODEVI et le Fonds Solidarité Sud. La SIDI – le FISIQ français – a aussi investi dans le FISIQ. Ensuite, le gouvernement du Québec, à travers le ministère des Relations internationales et de la francophonie (MRIF), qui a mis 3 millions $ dans le FISIQ. Aujourd’hui en 2026, on va plus loin en offrant à des citoyens engagés de prêter de l’argent au FISIQ, en vue de l’aider à pouvoir faire du développement économique solidaire au Sud. C’est, en soi, tout-à-fait nouveau dans la coopération Nord-Sud québécoise, de faire en sorte que des fonds de ce type soient disponibles pour réaliser des projets d’envergure, entre autres dans le domaine de l’énergie, ce qui était impensable jusqu’à récemment.
Qu’est-ce qu’une obligation communautaire? C’est semblable à un placement comme on en fait dans une institution financière (une caisse populaire Desjardins par ex.), sauf qu’elle l’appelle « communautaire » lorsqu’on est un organisme sans but lucratif (OBNL) comme nous le sommes. Ces obligations sont tout à fait protégées par le capital qu’on a déjà. Chaque obligation va être d’un montant de 5 000 dollars pour un objectif de 500 000$ pour la première émission en 2026. Les intérêts vous seront versés annuellement et votre placement sera remboursable au bout de de 5 ans ou pourra être reconduit si c’est votre vœu.
La mise sur pied d’une association des investisseurs solidaires à titre personnel
Il y aura aussi une association d’investisseurs solidaires à titre personnel, laquelle pourra déléguer une personne au conseil d’administration du FISIQ. L’émission formelle des obligations est prévue le 1er juin.
En France, il y a 2000 personnes qui ont des placements à la SIDI, l’équivalent du FISIQ. En Belgique chez AlterFin, le FISIQ belge, il y a 6000 personnes à titre personnel qui y ont des placements pour des projets dans le Sud avec, dans les deux cas, une moyenne de placement de 7 250 euros par individu. C’est une première émission qu’on fait avec 500,000$ et 100 personnes qui mettent chacune 5000$. Il y en aura d’autres. La capitalisation que vous avez vu passer avec nos projets en cours, c’est 2 millions $. Sous peu, le capital disponible au FISIQ va être à sec, incapable de soutenir de nouveaux projets. Alors il faut recapitaliser, d’où le projet de ces obligations communautaires
Il y a divers moyens de financement : des financements publics qui peuvent arriver d’une manière ou de l’autre. Et, bien sûr, ceux des OCI qui membres actuels ou à venir du FISIQ dans les prochaines années. Mais cet épargne-là, celle des obligations communautaires, va prendre beaucoup d’importance…si on regarde de près l’expérience européenne déjà mentionnée.
Quelques références pour aller plus loin
- Services énergétiques au Sud : un billet de blogue du Fonds Solidarité Sud
- Douze témoignages lors de notre 15e
- Un ouvrage sur notre parcours et nos perspectives (en accès libre)
- Une référence sur le New Deal vert : le livre de Sylvain Gaudreault, Ruptures et révolution. Imaginer l’État-providence autrement, 2025, aux éditions Somme toute avec une préface du sociologue Gérard Bouchard.
- Écologie, économie et finance solidaire: le livre de Louis Favreau Solidarité internationale aux éditions des PUQ (en accès libre).
- Obligations communautaires : un article dans le journal Le Devoir.
- Bâtir son quartier : une entreprise d’économie sociale qui accompagne les organismes et les ménages à faible ou modeste revenu dans la création de milieux de vie solidaires.